Zeitschrift für Französische Sprache und Literatur

 

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Abstracts (ab Band 111/2001 bis Band 113/2003):

 

Irene Albers: Prousts photographisches Gedächtnis (Band 111/2001, S. 19)

Proust, ses lettres et ses biographes l’attestent, était particulièrement "photomane". Souvent, pendant l’écriture de la Recherche, il utilisa les images photographiques comme médium de mémoire. Mémoire et photographie semblent donc être liées dans le processus de création. Qu’en est-il dans l’œuvre elle-même? L’étude propose d’explorer la signification ambiguë de la photographie et du champ sémantique correspondant ("fixer", "poser", "tirer", "chambre noire", "développer", "révéler", "enregistrer", "capturer", "superposition", "épreuve", "cliché", "instant", "instantané" etc.) dans la Recherche, particulièrement dans sa "poétique de la mémoire". À l’encontre des interprétations qui mettent uniquement l’accent sur l’appartenance de la photographie à la "mémoire volontaire" (tels Walter Benjamin ou Susan Sontag) et qui partent de l’opposition entre une mémoire humaine authentique et une mémoire inauthentique médiatisée par la technique photographique, le statut de la photographie en tant que médium de la mémoire s’avère , — surtout quand on considère les Esquisses — recéler plus de complexité. La référence à la photographie comme processus de production d’images — par exemple quand Proust parle de "la chambre noire intérieure" — lui permet de métaphoriser le passage de l’inconscience et de la trace latente des "impressions" à l’image développée. Il y a là une analogie entre la mémoire involontaire et le processus photographique que l’on n’a pas assez prise en compte jusqu’alors. Dans le même temps l’image photographique selon Proust est déficiente. D’une part, le regard de l’appareil décontextualise, fait voir le contingent et anticipe la mort; en tant que "souvenir figé" ou "image fixe" les photographies représentent des souvenirs traumatiques. D’autre part, Proust, surtout quand il parle d’Albertine, utilise la métaphore de "l’instantané" pour signifier l’expérience d’une mémoire incapable de surmonter la "simple collection de moments", la discontinuité du temps à la fois fascinante et menaçante. Au-delà de l’opposition entre deux types de mémoire (volontaire et involontaire) la mémoire selon Proust apparaît donc en fin de compte profondément "photographique": c’est au langage poétique de surmonter en même temps la trop grande fixation et la trop grande fluidité de cette mémoire.

 

Pietro G. Beltrami: Giraut de Borneil, la pastorella ,alla provenzale‘ e il cortese (Band 111/2001, S. 138)

Lo dolz chans d’un auzel, dont le genre échappe à une définition sûre, est un exemple important du discours moralisateur de Giraut de Borneil et de sa laudatio temporis acti dans le contexte de la civilisation courtoise, révélateur de quelques aspects de la personnalité poétique du ‘maître des troubadours’. Une lecture de ce texte à côté d’autres du même auteur (L’altrer, lo primer jorn d’aost et Si·us quer conselh, bel’ ami’ Alamanda) et de Marcabru (L’autrer jost’una sebissa, L’autrier, a l’issuda d’abriu et A la fontana del vergier), où il est question d’une femme qui débat avec le ‘je’ poétique, permet aussi d’examiner à nouveau le problème de la forme ancienne de la ‘pastourelle’ des troubadours provençaux (la pastoreta a la usanza antiga dont parle la biographie de Cercamon).

 

Pascale Bernard, L’ATILF et ses ressources linguistiques informatisées (Band 112/2002, S. 69)

Le laboratoire ATILF (Analyse et Traitement Informatique du Lexique Français) est né de la volonté politique de rapprocher sur Nancy, dans le domaine des Sciences du Langage, les activités du CNRS regroupées jusqu’alors au sein de la composante nancéienne de l’INaLF (Institut National de la Langue Française) et celles de l’Université de Nancy 2 représentées par l’équipe Landisco (Langue, Discours, Cognition). Cet article présente les ressources linguistiques informatisées de l’ATILF disponibles sur la toile et leur diversité d’exploitation potentielle. Ces importantes ressources regroupent un ensemble de plus de 3300 textes réunis dans Frantext et divers dictionnaires, lexiques et autres bases de données. La plupart de ces ressources exploitent les fonctionnalités du logiciel Stella qui correspond à un véritable moteur de recherche dédié aux bases textuelles. La politique du laboratoire consiste à ouvrir très largement ses ressources en particulier au monde de la recherche et de l’enseignement.

 

Peter Blumenthal: Profil combinatoire des noms. Synonymie distinctive et analyse contrastive (Band 112/2002, S. 115)

Dans cet article, la notion de "profil combinatoire" (structure schématique du voisinage syntaxique et sémantique d’un mot pivot telle qu’elle se manifeste dans un vaste corpus) sert d’abord à analyser les différences entre synonymes dans une même langue. Le champ sémantique retenu est celui de Angst et de peur. Les critères utilisés au service de la synonymie distinctive se révèlent également efficaces dans l’étude contrastive des rapports d’équivalence (souvent approximative) entre les mots allemands et français, tels qu’ils s’emploient dans les corpus examinés (essentiellement la Frankfurter Allgemeine Zeitung et Le Monde). La contribution essaye d’aller au-delà de la vision traditionnelle de la combinatoire des mots, et surtout des collocations, en mettant en relief certains éléments de la logique qui fait que certains mots vont ensemble, d’autres non.

 

Matei Chihaia: Anatomie einer Maxime. Wissen über den Menschen bei La Rochefoucauld und bei Knigge (Band 111/2001, S. 165)

L’interprétation détaillée d’une maxime de La Rochefoucauld au sujet de l’Homme occasionnera une recherche sur la relation du savoir et de l’imaginaire dans la littérature moraliste. La maxime en question, sur les organes et l’orgueil de l’homme, se situe dans plusieurs contextes dont la constellation change au cours des différentes versions que connaît ce texte. L’esthétique mondaine, la connaissance anatomique du corps et l’anthropologie janséniste forment l’objet d’une mise en scène variée, par laquelle le savoir découvre ses racines imaginaires. Cet imaginaire se dégage lors d’une collision qui chez Pascal est l’ébauche de contrariétés, chez La Bruyère la mésalliance de différents discours — et chez La Rochefoucauld la violence du discours contre soi-même. Un bon siècle plus tard, l’Allemand Knigge transformera les descriptions en prescriptions et mettra ainsi l’imaginaire moraliste au service d’un savoir univoque sur l’homme. Ses classifications aboutiront donc au contraire de la poétique des Maximes — dans la mesure où elles ne sont plus l’arène d’une joute discrète mais un livre foncier qui découpe la société pour prévenir des conflits réels.

 

Martina Drescher, Eh tabarnouche! C’était bon. Für eine kommunikative Sicht frankokanadischer Flüche (Band 112/2002, S. 4)

Cette étude vise à analyser les sacres, jurons à base religieuse typiques de certaines variétés du français québécois, d’un point de vue discursif en proposant une approche qui met l’accent sur leurs fonctions communicatives. Les jurons, porteurs d’un sens essentiellement pragmatique, sont des formes plurifonctionnelles qui signalent généralement des attitudes affectives, mais peuvent s’apparenter aussi aux marqueurs discursifs, une de leurs fonctions étant de contribuer à la coordination des interlocuteurs, à l’organisation de l’interaction et à la structuration de l’échange verbal. Les développements théoriques s’appuient sur des données empiriques.

L’étude se termine par l’ouverture de perspectives de recherche complémentaires en situant l’approche communicative des jurons dans le contexte des travaux sur la grammaticalisation, sur la formation de catégories sociales, sur les variétés linguistiques et sur les particularités ludiques du langage.

 

Marc Föcking, L’ hitoire est un roman dont le peuple est l’auteur. Organische Geschichtsschreibung und Faktizität des Romans in Alfed de Vignys "Réflexions surla vérité dans l’art" (Band 112/2002, S. 139)

Depuis que le poststructuralisme et le constructivisme ont lancé un défi à l’objectivité de l’historiographie traditionelle, on a souvent fait recours à une notion prétendue romantique de la littérature et de son potentiel à niveler science et poésie. Mais loin d’affirmer ce recours, les "Réflexions sur la vérité dans l’art" d’Alfred de Vigny (1829), un des textes romantiques les plus importants sur la relation entre poésie et historiographie, démontrent clairement les dettes du roman historique de Vigny envers les concepts organologiques de l’historiographie contemporaine. Et bien que Vigny reconnaisse parfaitement les éléments constructivistes des procédés historiographiques, il ne réduit pas l’histoire à une invention poétique de l’historien: Pour lui les "faits" historiques mêmes sont les produits d’une activité poétique collective, d’une "poetics of culture" avant la lettre qui fait de l’histoire "un roman dont le peuple est l’auteur".

 

Hans-Günter Funke, Die semantische Entwicklung des Utopiebegriffs vom XVI . bis zum XX. Jahrhundert (Band 113/2003, S. 131)

Nous centrons notre étude sur l’évolution historique du concept en français en tenant compte de son évolution en anglais, en allemand et en italien. Depuis 1516, année de la publication de l’Utopie de Thomas More, œuvre éponyme du néologisme qu’il a forgé et prototype du genre, l’évolution sémantique de la notion d’utopie a vu naître dix sens différents, dans quatre périodes principales : au XVIe et au XVIIe siècle : 1° nom propre du livre, de l’île et de l’État idéal inventés par More, 2° métaphore pseudogéographique d’un lieu inconnu ou d’un État idéal fictif ; au XVIIIe siècle : 3° genre littéraire, 4° concept politique ambivalent, idée de réforme irréalisable ; au XIXe siècle : 5° notion polémique ou injure politique, synonyme ou antonyme des notions de socialisme et de communisme, 6° ´ socialisme préquarantehuitard ª péjorisé par rapport au ´ socialisme scientifique ª de Marx ; au Xxe siècle : 7° conscience révolutionnaire d’une classe sociale montante (par ex. Mannheim), 8° révolution (par ex. Landauer), 9° totalitarisme (par ex. Popper), 10° marxisme (en tant qu’´ utopie concrète ª, par ex. Bloch). L’emploi de la polysémie utopie actualise un de ces signifiés comme sens dominant tandis que les autres restent connotés.

 

Stefan Hartung, Formen und Funktionen der obsuritas in der modernen Lyrik. Baudelaire, Rimbaud, Mallarmé. Mit einem Ausblick auf die italienische Hermeneutik (Band 112/2002, S. 26)

L’article propose quelques réflexions sur le cheminement de la poésie lyrique européenne au dix-neuvième et vingtième siècle qui ont été présentées au XXIX. Convegno Interuniversitario: Retorica e poetica dell’oscuro (Bressanone/Italie, 12–15 juillet 2001). – L’obscuritas est considérée généralement comme l’un des principaux traits de la poésie symboliste et ‘moderne’ (de la ‘moderne Lyrik’, pour reprendre le terme allemand forgée par Hugo Friedrich), c’est-à-dire de la poésie européenne entre le symbolisme français et les grands auteurs de l’hermétisme italien (Ungaretti, Montale, Quasimodo). L’article vise à démontrer que, à partir de Baudelaire, en passant par Rimbaud et jusqu’à Mallarmé et aux Italiens, le rapport entre perspicuitas et obscuritas change constamment. Tout au long de ce parcours, l’obscuritas lyrique touche à des niveaux linguistiques très divers, qui impliquent soit le texte, soit l’auteur, soit le lecteur. Alors que ce processus ait lieu par étapes consécutives et clairement définissables, sa reconstitution scientifique doit s’abstenir de toute perspective téléologique. Bref, cette contribution, qui interprète des textes représentatifs et d’ailleurs souvent célèbres, tente de donner une première vue d’ensemble, aussi élémentaire soit-elle, sur quelques-unes des étapes importantes de l’obscurité moderne: depuis Hugo Friedrich, très rares ont été, dans ce domaine, les tentatives de synthèse ou même de ‘survol général’.

 

Klaus W. Hempfer, Diskurstraditionen und fragmentarisierte Rezeption: Ariosts Orlando furioso in Du Bellays L’Olive (Band 112, S. 227)

Le présent article analyse, à partir des résultats de la recherche des sources, les relations intertextuelles qui existent entre le Roland furieux et L’Olive, tout en présentant par là-même la différence de méthode qui sépare ces deux approches. Dans le cadre d’une typologie des reprises on distingue trois types fondamentaux : 1° décontextualisation et recontextualisation, 2° échange de rôles et changement de gender, 3° pluralisation des types de discours dans le contexte d’un recueil à dominance pétrarquiste. L’article se conclut par une hypothèse générale qui suppose une réception fragmentaire des canzonieri italiens par Du Bellay et d’autres poètes français du XVIème siècle.

 

Benjamin Kloss: Metaphorik und Vorausdeutung in der Darstellung der "grande fête" in Zolas L’Assommoir (Band 113, S. 18)

De nombreux chercheurs spécialisés dans l’œuvre de Zola ont souligné que la grande fête qui est au centre du septième chapitre du roman L’Assommoir constitue la péripétie de l’histoire de la vie de la protagoniste Gervaise Macquart. Ce qui n’a pas encore été commenté exhaustivement, c’est la dimension métaphorique et préfigurative de cette partie centrale de la narration. Dans la présente étude on démontrera que pour le lecteur modèle de L’Assommoir, qui connaît à fond l’idéologie de Zola et le système de métaphores institué dans les Rougon-Macquart, certains des événements racontés dans le septième chapitre anticipent figurativement la chute de Gervaise et sa mort solitaire dans le ´ petit trou ª qui devient son logement vers la fin du roman.

 

Peter Lauwers, Peut-on parler d’une conception <verbo-centrale> dans la grammaire francaise <traditionnelle>? (Band 113/2003, S. 113)

Dans cette contribution, nous nous proposons d’examiner jusqu’à quel point on peut parler d’une ‹ conception verbo-centrale › dans la grammaire française dite ‹ traditionnelle ›. L’analyse est basée sur un examen exhaustif d’un corpus de 25 grammaires de référence du français (publiées dans la première moitié du 20e siècle). Après avoir écarté de ‹ faux indices › qui s’expliquent par le cadre épistémologique qui est propre à ces grammaires, nous retenons un jeu de paramètres qui mènent à deux types majeurs de grammaires ‹ verbo-centrales ›. Le premier groupe insiste sur le pouvoir constructeur du verbe, le second considère le sujet comme un complément régi par le verbe fini (= conception verbo-centrale stricto sensu). Nous montrerons que l’émergence d’analyses verbo-centrales a été favorisée par une évolution majeure dans l’histoire de la grammaire française : celle d’une analyse sémantico-logique bipolaire vers une analyse ternaire en verbe-sujet-complément. Pour terminer, nous confronterons la conception verbo-centrale de la tradition grammaticale française (avant Tesnière) à l’analyse verbo-centrale élaborée dans le cadre de la tradition grammaticale allemande à la fin du 19e siècle.

 

Marcel Lepper: "Ce bruit de sources au long de mes journées." Gedächtnis und Vergessen in Camus’ Le Malentendu (Band 111/2001, S. 239)

Comme les textes de Camus suggèrent une présence immédiate, les commentaires ont trop souvent succombé à la tentation d’établir une nouvelle métaphysique de la non-transcendance. Ils ont volontiers suivi les gestes mythiques qui évoquent la situation de ´table raseª, d’ahistoricité et d’oubli. Cette lecture néglige la qualité rhétorique des textes, qui déconstruit la prétendue originalité. Les textes eux-mêmes démentent leur idéologie d’un paysage méditerranéen sans passé: ils s’inscrivent dans un paysage de textes, dans un passé littéraire, où tout mouvement est un recours mnémonique aux hypotextes et un retour à ce qui a déjà été dit. La pièce Le Malentendu, tragédie du retour échoué, offre une bonne occasion de démontrer comment le texte rend compte de sa propre stratégie en parlant du souvenir et de l’oubli.

 

Andreas Mahler: Erzählt der Film? (Band 111/2001, S. 260)

Quelle est l’énonciation du film? Quelle est l’instance qui présente ses contenus? La contribution proposée prend pour point de départ une récente théorie ‹herméneutique› du film pour discuter le statut ‹narratif› de l’énonciation filmique, et par là, la problématique d’une herméneutique qui se comprend comme une théorie de la parole.

 

Fritz Nies: Das Land der Griechen in Italien suchend. Bereicherung durch Übersetzen im Frankreich des 16. Jahrhunderts (Band 111/2001, S. 249)

L’activité interculturelle de la traduction était, dans la France du XVIe siècle, d’une importance qu’on pourrait trouver surprenante à cette époque si fière d’une identité nationale en train de naître. Cette importance s’annonce déjà dans l’apparition de toute une série de mots nouveaux caractérisant soit le processus de la traduction soit son résultat. Notre étude se propose une première description, quantitative autant que qualitative, de l’évolution tout au long de ce siècle: en ce qui concerne les principales langues d’origine, les genres préférés, les époques et les auteurs des textes traduits, puis les risques que couraient souvent les traducteurs, leurs caractéristiques socio-biographiques, enfin le laps de temps écoulé depuis la publication des originaux, l’idéologie et la pratique d’enrichissement linguistique et littéraire, l’accélération du rythme de travail, les destinataires et le succès parfois étonnant des ouvrages traduits.

 

Louis Martin Onguene Essono: L’écriture francophone: enrichissement ou appauvrissement du francais? L’exemple camerounais (Band 113/2003, S. 225)

L’Afrique noire francophone vit un perpétuel drame à cause de la langue qui lui permet de s’ouvrir au monde extérieur. Reconnus pour leur riche potentiel linguistique, les pays africains comptent au minimum dix langues locales. Le Cameroun en compte plus de trois cents au point que l’intercompréhension nationale transite par le français qui sert de grande langue véhiculaire. Les écrivains camerounais connaissent le même drame. Comme leurs compatriotes, ils doivent maîtriser le français. Mais leurs textes sont constamment colorés d’expressions folkloriques et exotiques qui dénaturent le français. Le présent article recense les particularismes et les emprunts qui colorent ces textes et tente d’expliquer le processus d’emprunt, de néologie et de création lexicale en même temps qu’il observe et analyse un laxisme exacerbant, mais très courant et généralisé qui provient d’une écriture lexicalement pauvre mais qui veut enrichir le français.

 

Uwe Petry: Rezeptionslenkung im historischen Kontext. Zu Viktor Hugos Drama Ruy Blas (Band 113/2003, S. 239)

L’année Victor Hugo 2002 a témoigné de l’intérêt continu porté au théâtre romantique en France. Avec sa nouvelle mise en scène de Ruy Blas, la Comédie-Française souligne l’actualité de la mise en abyme du jeu théâtral que Hugo développe dans ce drame. La critique littéraire a plutôt négligé cet aspect de Ruy Blas, favorisant des interprétations fondées sur la philosophie de l’âge chrétien propagée par Hugo dans la Préface de Cromwell. Une analyse précise du drame montre pourtant que Ruy Blas dépasse le cadre d’une esthétique romantique ‚chrétienne‘, premièrement au moyen de la passion amoureuse magnifiée par le mythe antique redécouvert à la Renaissance, et deuxièmement par la relation explicite avec un intertexte, l’Histoire de Gil Blas de Santillane de Lesage, qui incite à la réflexion sur la fonction sociale du théâtre à l’époque de Louis-Philippe.

 

Mireille Piot, Le LADL de Maurice Gross et l’< entreprise > du < lexique-grammaire >: la première grammaire lexicale en France et dans le monde (Band 113/2003, S. 151)

Le LADL, fondé par Maurice Gross en 1969, a mis en chantier sur le français dès son origine la première grammaire lexicale formelle au monde : le ´ lexique-grammaire ª, à laquelle ont été adjoints dans les vingt dernières années un ensemble de dictionnaires électroniques (DELA). L’ensemble de ces travaux syntaxiques et lexicaux a permis l’élaboration par l’un de ses chercheurs informaticien-linguistes d’un logiciel d’analyse syntaxique : le système INTEX. D’autres laboratoires dans le monde fonctionnent dans la même optique de recherche et avec les mêmes outils sur leur propre langue

 

 

William Rothwell: The Teaching and Learning of French in Later Medieval England (Band 111/2001, S. 1)

L’enseignement du français en Angleterre au moyen âge a déjà fait l’objet d’études approfondies, dont les premières remontent au dix-neuvième siècle, mais depuis quelques années nous sommes en mesure d’ajouter à notre documentation là-dessus des témoignages nouveaux d’une importance primordiale qui bouleversent les idées reçues. La parution de ces textes nous permet d’étudier la question à travers des documents de première main ignorés jusqu’ici et, par conséquent, de présenter une vue d’ensemble plus fiable qu’auparavant d’un phénomène qui touche de près l’histoire des langues tant française qu’anglaise et l’histoire tout courte.

 

 

Michaela Sambanis: Mettre en scène Racine : À propos des didascalies (Band 113, S. 27)

L’auteur d’Iphigénie, Jean Racine, donne très peu d’indications de jeu de scène ou de décor. Ce qui est incontestable c’est que les didascalies explicites sont rares dans les tragédies raciniennes. Cependant, cela ne signifie nullement qu’un metteur en scène puisse se permettre toutes les libertés, car, malgré les apparences, Racine indique clairement sa conception de la mise en scène qu’il exprime par des didascalies implicites, c’est-à-dire résultant du texte lui-même.

La rédactrice de ces lignes a choisi Iphigénie pour démontrer la diversité des indications intégrées dans les vers, procédé discret mais non moins parlant.

 

Franz Schneider: Der textorientierte Terminus. Am Beispiel des Begriffsfeldes ,fusion d’entreprises‘ (Band 111/2001, S. 113)

"De quelle façon le terme ‚se comporte‘-t-il dans le discours spécialisé?" voilà la question qui est au centre de l’article présent. Les réflexions évoluent entre deux conceptions opposées du terme. L’une se nourrit de la notion de système de langue et l’autre met en avant l’emploi du terme dans le texte. Nous appelons la première "orientée sur le système" et la deuxième "orientée sur le texte". Cependant, il y a de nombreux indices dans les manuels terminologiques bien connus de Wüster et Arntz / Picht qui font pressentir le besoin des auteurs d’atténuer la dite opposition. Effectivement, une dichotomie par trop rigide ne sert guère à parer aux exigences d’un travail terminologique se voulant proche de la réalité du discours spécialisé. C’est pourquoi l’article, à l’instar de Lothar Hoffmann, se prononce en faveur d’un rapprochement plus poussé entre "Terminologiewissenschaft" et "Fachsprachenforschung". Cela étant, le terminologue se rendra mieux compte de la dimension syntagmatique, donc textuelle, du terme, et au chercheur travaillant sur la langue de spécialité se révélera mieux le fonctionnement de "systèmes de connaissances" ("Kenntnissystemen"). L’exploitation d’un corpus de textes économiques pris dans Le Monde montre combien il est nécessaire d’ouvrir le travail terminologique "orienté sur le système" aux éléments "comportementaux" du terme utilisé dans le texte.

 

Ulrike Schneider, Zu einigen Grundproblemen neuerer Aphorismusforschung (Band 112/2002, S. 155)

Quelques problèmes fondamentaux de la critique aphoristique seront élucidés à partir de récentes publications. Étant donné l’ouverture du genre dans la modernité, il faudra distinguer davantage le genre aphoristique en tant que tel d’un mode d’écriture aphoristique pouvant se réaliser dans différents genres. Dans le même contexte, la discontinuité intentionnelle, c’est-à-dire l’isolation textuelle voulue par l’auteur, doit être respectée par la critique comme caractéristique du genre. De plus, la validité des critères ‚caractère non-fictionnel‘ et ‚appartenance à la prose‘ (celle-ci s’opposant à la poésie) sera discutée en vue d’une définition globale du genre. Il est pourtant évident qu’un maintien de ces critères-là ne rendrait pas compte de l’évolution du genre dans la modernité, en particulier d’une variante spécifique de celui-ci: l’aphorisme poétique.

 

Michael Schreiber, Übersetzungsvergleich und diachronischer Sprachvergleich. Die Wiedergabe der Proform EN in neufranzösischen Übersetzungen des Rolandsliedes (Band 112, S. 247)

Cet article présente la comparaison d’un texte de départ en ancien français (la Chanson de Roland) et de six traductions de ce texte en français moderne dont deux, une traduction assez "libre" (de Pierre Jonin) et une traduction plutôt "littérale" (d’Ian Short), sont analysées de manière quantitative. L’analyse des traductions porte sur les équivalents modernes du "pronom adverbial" en du texte de départ. Les résultats les plus importants sont les suivants :

Résultats d’ordre méthodologique: Les constructions dont aucun texte d’arrivée ne présente une traduction littérale indiquent une différence potentielle dans le domaine du "système". Les constructions dont on trouve des traductions littérales ainsi que d’autres équivalents indiquent des différences potentielles dans le domaine de la norme.

Résultats d’ordre linguistique : Pour ce qui est de la proforme en, la plupart des différences entre l’ancien français de la Chanson de Roland et le français moderne des traductions analysées relèvent de la norme. Mais on trouve aussi au moins une différence de système: l’emploi de la forme en comme connecteur en ancien français, emploi pour lequel le français moderne ne connaît pas d’équivalent littéral.

 

Dirk Siepmann, Eigenschaften und Formen lexikalischer Kollokationen: Wider ein zu enges Verständnis (Band 112, S. 260)

Le présent article a pour but de problématiser et d’affiner la notion de ´ collocation ª. Dans un premier temps, on montre que la frontière entre collocations et locutions est plus mince qu’on ne l’admet généralement. D’une part, en effet, le figement des locutions s’avère tout relatif ; d’autre part, on constate que les collocations connaissent elles aussi de nombreuses restrictions syntaxiques, sémantiques ou stylistiques. Dans un deuxième temps, on met en évidence les difficultés de conceptualisation du phénomène auxquelles se heurtent les approches sémantiques. On en conclut à la supériorité d’une approche fondée sur la fréquence, qui nous permet de cerner des cas de figement discursif allant au-delà de la simple combinaison de deux parties du discours. Il en résulte une nouvelle taxonomie des collocations susceptible d’améliorer la pratique lexicographique et l’enseignement du français. L’étude s’appuie sur un vaste corpus regroupant des collections de textes très hétérogènes entre elles.

 

Achim Stein: Lexikalische Kombinatorik im afrikanischen Französisch (Band 113, S. 1)

L’article porte sur les expressions semi-figées (collocations) et leur variation dans l’espace francophone. Le corpus de départ est un quotidien du Bénin (Le Matinal) qui est comparé à trois autres corpus de presse francophone : Le Soleil (Sénégal), La Presse (Québec) et Le Monde (France). L’analyse porte d’une part sur la distribution globale des verbes dans ces corpus, d’autre part sur les propriétés de cooccurrence de certains verbes. Elle montre que, même dans ce registre fortement standardisé, les domaines relativement peu codés comme la combinatoire sémantique ont une variation considérable dans les différentes régions de la francophonie.

 

Christian Touratier: Les trois niveaux de la description linguistique (Band 111/2001, S. 227)

Pour éviter les difficultés de la grammaire scolaire traditionnelle et d’un certain nombre de théories linguistiques modernes, il convient de ne pas identifier la structure syntaxique d’un énoncé avec son organisation syntagmatique dans la chaîne parlée, ce que Tesnière appelait son "ordre structural" avec son "ordre linéaire". Et il faut en outre distinguer, à la suite de Jean Perrot, sa "structuration informative" de sa "structuration syntaxique".

                  Le mot sera l’unité minimale du niveau syntagmatique, et le morphème l’unité minimale du niveau syntaxique. Et pour décrire l’organisation du niveau informatif, il faudra ajouter aux deux concepts de thème et rhème de l’École de Prague (rénommés par Bernard Pottier support et apport informatifs) le concept de report informatif, proposé par Jean Perrot.