Heidi Aschenberg: Des emprunts de
courte dure ?
La
langue franaise et la Shoah
La singularit des conditions de vie
dans les camps de concentration national-socialistes a produit une situation de
contact linguistique singulier. LĠallemand tait la langue officielle dans les
camps. Les dtenus non germanophones se voyaient forcs de sĠen approprier les
termes les plus importants pour survivre dans un monde barbare. Les processus
dĠemprunt concernaient avant tout le lexique. Les dtenus adoptaient, souvent
sous forme dfectueuse, les termes de lĠargot technique dsignant les realia
nouvelles
de la machinerie de mort ainsi que les expressions de la vie quotidienne,
marques par la situation inhumaine. Aprs la dissolution des camps, les
personnes concernes ne parlrent plus ce jargon. Celui-ci a cependant laiss
des traces dans les textes de tmoignage : il nĠy a pas dĠautres moyens
dĠexpression qui puissent dnoter les ralits concentrationnaires.
Le terme dĠemprunt, appliqu la situation
linguistique dans les camps, subit un dcalage smantique : emprunts de
ncessit ? enrichissement lexical ? prestige linguistique ?
Dans le contexte de la Shoah, ces termes prennent des acceptions nouvelles, au
moins au niveau connotatif.